Le monde du cinéma français est en deuil, et avec lui, c’est tout un public qui a perdu l’une de ses figures les plus aimées. Ce vendredi 24 avril, sous un ciel parisien, le Tout-Paris et des centaines d’anonymes se sont réunis à l’église Saint-Sulpice, au cœur du 6e arrondissement, pour dire un dernier adieu à Nathalie Bay. L’actrice, disparue le 17 avril à l’âge de 77 ans, a laissé derrière elle un héritage immense, tant par son talent que par sa générosité.

La cérémonie, empreinte d’une émotion palpable, a été rythmée par des hommages sincères, loin du protocole mondain. Le moment le plus poignant fut sans conteste la prise de parole de sa fille, Laura Smet. La voix brisée par les sanglots, l’actrice de 42 ans a rendu un hommage vibrant à celle qu’elle a qualifiée de “mère fabuleuse”.
Ma mère, c’était quelqu’un de vrai, de tendre, de juste, de solide. Elle s’est toujours occupée des autres plus que d’elle-même, a confié Laura Smet devant une assemblée recueillie. Elle a rappelé, avec une infinie tendresse, la force que sa mère lui a transmise : Elle m’a donné tellement d’amour, tellement de force. Elle m’a relevé quand j’étais par terre. Ces mots, qui touchent au cœur de la relation mère-fille, ont résonné dans toute la nef, soulignant la facette la plus intime et aimante d’une femme que le public connaissait surtout à travers l’écran.
L’arrivée du cercueil blanc à 10h30 a marqué le début de ce dernier hommage. Accueillie par les applaudissements de la foule, la dépouille est entrée dans l’église sous les notes de Mon amie la rose, interprétée avec beaucoup de retenue par l’actrice Valérie Lemercier.
À l’intérieur, 400 invités triés sur le volet et une centaine d’anonymes se sont rassemblés pour partager ce moment de douleur commune. Parmi les visages connus du cinéma et de la scène française, on a pu apercevoir Brigitte Macron, Michel Drucker, Catherine Deneuve, Francis Huster, Josiane Balasko, ainsi que Guillaume Canet et Clovis Cornillac. Sylvie Vartan, accompagnée de son fils David Hallyday, était également présente, témoignant de l’amitié qui liait Nathalie Bay aux proches de Johnny Hallyday.

Dans son homélie, le père Christian Lencré-Javal a rappelé l’essence même de l’actrice : L’intelligence et la beauté, l’élégance et la gaieté, elle avait le génie de l’amitié. Ce génie, c’était cette capacité qu’avait Nathalie Bay à s’intéresser sincèrement à chaque personne qu’elle rencontrait, faisant d’elle une figure aimée par ses pairs autant que par ses spectateurs.
Le parcours de Nathalie Bay est celui d’une artiste qui a su briser les codes. Née le 6 juillet 1948 à Mainvilliers, elle a imposé son style, délaissant les rôles trop classiques pour explorer des facettes plus fantaisistes et complexes. Avec près d’une centaine de longs-métrages à son actif, elle a travaillé avec les plus grands, de François Truffaut pour La Nuit américaine à Xavier Dolan pour Juste la fin du monde, en passant par Claude Chabrol. Sa reconnaissance fut immense, portée par deux César pour un rôle principal et deux autres pour un second rôle, un exploit rare dans le paysage cinématographique français.
Malgré une carrière qui l’a menée jusqu’à Hollywood, notamment aux côtés de Leonardo DiCaprio dans Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg, Nathalie Bay était restée une femme simple, ancrée dans la réalité. Jean-Louis Borlot, qui a partagé sa vie, a souligné lors de la cérémonie qu’elle était tout sauf une femme people.
C’est dans l’intimité de la maladie à corps de Lewy, une affection neurodégénérative, que Nathalie Bay a passé ses derniers instants, loin des projecteurs. Une fin qui contraste avec la lumière qu’elle a su dégager durant toute sa vie.
Alors que le cercueil quittait l’église sous un beau soleil de midi, les applaudissements ont repris, selon la tradition réservée aux grands artistes. Une manière, pour les centaines d’admirateurs venus lui rendre hommage, de dire merci à celle qui, à travers ses rôles et son humanité, a marqué l’histoire du cinéma.
Comme l’a conclu Laura Smet, dans un dernier souffle d’espoir : De ma naissance à aujourd’hui, je lui dois tout. Je sais qu’elle a retrouvé l’amour des gens qu’elle aimait et qu’elle continuera à nous faire ses clins d’œil à chacun de nous, pour toujours et à jamais.